4726126009_ff42e47bc9.jpgLa semaine dernière la voilà qui est revenue à nouveau sur la table : la polémique contre l'aspartame et les édulcorants. Alors, approximations méthodologiques ou vrai danger pour la santé ?
D'un côté, nous avons des études, certes, mais qui n'ont pas été validées, de l'autre un agrément des autorités en vigueur.

 

L'étude danoise a cherché à établir une relation entre la consommation de boissons sucrées aux édulcorants et un accouchement avant terme. Même si cette étude est importante, son auteur, Thornallur Halldorsson, précise que d'autres études seront nécessaires pour corroborer ou invalider son résultat.

 

Par ailleurs, le Professeur Renwick de l'Université de Southampton en Angleterre - spécialiste des risques toxiques et cancérigènes des médicaments, additifs et pesticides, relève que cette étude n'est pas assez complète : d'une part, elle ne précise ni le poids, ni l'état de maturité des nouveaux-nés au moment de l'accouchement ; d'autre part, l'évaluation d'un accouchement prématuré s'este fait de façon déclarative par les femmes, or nous n'avons pas de connaissances sur la structure socio-économique du groupe. Finalement, les résultats suivent les 80 cas qui ont abouti à un accouchement prématuré au sein des deux groupes les plus "exposés" et l'on arrive à 27 cas en discriminant correctement.

 

Néanmoins, le Professeur Renwick estime que cet article est potentiellement très riche mais aurait nécessité un approfondissement des cas prématurés pour mieux mesurer le véritable lien avec l'aspartame. D'autant que la libération de méthanol incriminée ne peut être validée étant donnée les connaissances actuelles sur la question : la consommation de fruits libère plus de méthanol que la quantité d'aspartame absorbée et l'ensemble fait partie de réactions métaboliques connues et non identifiées comme dangereuses.



Un autre spécialiste a également réagi à cette étude, Carlo La Vecchia, épidémiologiste spécialiste du cancer : il a notamment soulevé quelques écueils méthodologiques et remis en question la segmentation des groupes sur la présentation des résultats.

 

L'étude du Dr Soffritti se rapporte à une modélisation sur des souris et des rats, qui pour le cas qui nous concerne ne représentent pas le modèle idéal pour se rapporter à l'humain (le cochon aurait été préférable dans ce cas). L'Agence européenne de Sécurité (EFSA), [mais également la FDA (Etats-Unis)], qui est compétente dans l'évaluation pour les pays européens des additifs alimentaires, a contesté la méthodologie des études antérieures conduites par le Dr Soffritti, et a estimé que rien n'indiquait «un quelconque potentiel génotoxique ou carcinogène» de l'aspartame après exposition in utero.

 

Suite aux différentes publications, la recommandation d'une dose journalière adminissible (DJA) d'aspartame à 40 mg/kg poids n'a pas été remise en cause jusqu'à ce jour par aucune des autorités citées.

 

Notre agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) annonce néanmoins que : "Dans le cadre de la veille permanente qu'elle exerce, l'Anses va examiner sans délai ces nouvelles études en vue d'éventuelles recommandations aux autorités françaises, et saisira le cas échéant l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), compétente sur le sujet pour une réévaluation du risque" [Lire l'article en cliquant ici]. 

 

S'il y a certes des enjeux de santé publique à ne pas prendre à la légère, il faut également comprendre la place du sucre dans notre alimentation et le rôle joué par les édulcorants, ce que nous explique le Dr Pierre Azam, nutritionniste et fondateur de l'Observatoire de l'Obésité (ObObs).



Les effets du sucre et le besoin de réduire sa consommation directe et la recherche d’alternatives 



La consommation de sucre fournit de l’énergie à court terme, mais il ne peut pas être stocké tel quel dans l’organisme. Une partie du sucre consommé peut être utilisée tout de suite pour fournir de l’énergie si nécessaire, dans les minutes qui suivent ; une autre partie sera emmagasinée dans le foie et les muscles pour utilisation dans les heures qui suivent ; et une autre sera transformée en graisses qui seront stockées dans les couches adipeuses.



L’excès des glucides, en particulier rapides a plusieurs effets : 

- Un effet calorique et hyper énergétique entraînant le surpoids et l’obésité ;
- Un effet systémique créant une hyperglycémie si le saccharose n’est pas intégré à une alimentation équilibrée, entraînant une surcharge pondérale  pouvant à terme déboucher sur un diabète.


En France, un adulte mange en moyenne 100g de saccharose par jour, dont plus de 70% sous forme ajoutée dans les produits transformés par l’industrie agro-alimentaire. 

 

Or, les apports quotidiens recommandés en glucides sont de 200 à 250 grammes dont au moins 10% sous forme de glucides simples. Il contient toujours quatre milles kilocalories par kilogramme. Il existe une dépendance au glucose ou saccharose.

 

Afin de réduire l’impact de cet excès et se tenir à la part de 10% d’apport en saccharose, tout en diminuant cette dépendance, les édulcorants représentent une vraie alternative.

 

Les bénéfices des édulcorants de table et l’amélioration de l’équilibre alimentaire de certains consommateurs 



Réduction glucidique

 

Elle peut se faire de façon volontaire, mais la transition d’une dépendance et d’une habitude de consommation vers un équilibre alimentaire ne peut se faire que grâce aux édulcorants de table. Atteindre 10% de saccharose c’est-à-dire passer de 100 à 25g par jour ne peut pour beaucoup se faire que grâce aux édulcorants.



Réduction calorique



250g de glucides représente 1000Kcal/j et le fait de réduire la part de saccharose à 10% entraîne une réduction calorique journalière d’environ 300 Kcal en moyenne.

 

La réduction de 10% environ de son apport énergétique et surtout glucidique peut conduire à une réduction pondérale progressive, bien tolérée qui à terme peut atteindre les recommandations internationales de réduction pondérale d’au moins 5% de la masse corporelle des sujets en surpoids ou obèses.

 

Elle ne peut se concevoir que dans une nutrition équilibrée et une réforme de l’hygiène de vie.



Aujourd'hui il semble donc tendancieux de vouloir attaquer à tout prix les édulcorants connaissant leur rôle et leur place dans des systèmes de régulation de la consommation de "mauvais sucres" et dans ce qu'ils offrent de gestion de la frustration pour les populations concernées par le surpoids, l'obésité et les maladies associées (et notamment le diabète).



Il faut donc veiller de près à mesurer l'impact de mauvaises polémiques dans une époque déjà agitée et à un moment où la lutte contre l'épidémie d'obésité doit rester une priorité de tous.



L'Observatoire de l'Obésité (ObObs) veillera donc a maintenir l'accès à l'information utile et à rétablir les débats dans les plus justes perspectives afin d'empêcher des dérives nuisibles au combat véritable qu'il ne faut pas se lasser de mener.
Par T.A - Publié dans : RECHERCHE & PUBLICATIONS
Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 11:21
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